Quelles variétés planter ?

 

Il existe des centaines de variétés de vignes ou « cépages » et le vigneron amateur est parfois perplexe. Le premier critère de choix est l’adaptation au climat, nous ne citerons donc ici que des cépages adaptés au climat de nos régions. Un autre critère peut être aussi la possibilité de déguster une partie de la récolte en raisin de table, dans ce cas toutes les variétés citées sont bonnes, les raisins cataloguées « de table » administrativement le sont davantage pour faciliter la tâche des circuits de distribution (aspect, facilité de transport, de conservation) que pour des raisons proprement gustatives. Rappelons enfin que les hybrides sont traditionnellement élaborés par pollinisation contrôlée et non par manipulation génétique, aucun OGM donc dans les variétés proposées.

Les traditionnelles : Chardonnay, Pinot noir, Chenin, Gamay, Chasselas, etc. Ce sont les variétés qui ont fait la réputation du vignoble européen (vitis vinifera) et qui ont été maintenues par greffage sur porte-greffe américain après la crise du phylloxera à la fin du XIXe siècle. Ces cépages ont pour avantage leurs incontestables qualités ampélographiques, résistent bien au phylloxera mais entraînent inexorablement le vigneron amateur dans la spirale du « plan phyto » : au moins un traitement toutes les deux semaines à la bouillie bordelaise et/ou au souffre car ils sont sensibles aux maladies fongiques comme le mildiou et à l'oïdium. On doit aussi impérativement acheter les plants en pépinière ou apprendre à greffer. Classés raisins « de cuve », leur culture est soumise à la réglementation des « droits de plantation ».

Les HPD ou « Hybrides Producteurs Directs » : Baco, Léon Millot, Maréchal Foch, Triomphe d’Alsace, etc. Créées entre les deux guerres par hybridation entre des variétés européennes et américaines, elles résistent bien à la plupart des parasites et maladies cryptogamiques et peuvent en général se passer de tout traitement. Elles peuvent en outre être reproduites par bouturage en gardant toutes leurs qualités et sont donc plus économiques. Au chapitre des inconvénients on note un développement plus lent des boutures par rapport aux plants greffés et d’aucuns parlent de goût « foxé » (qui sent le renard !) du vin produit à partir de leurs raisins. Les avis sont partagés sur ce point mais il est exact que la saveur de ces vin est particulière, intéressante et sensiblement différente de celle des productions commerciales habituelles, assez éloignée du « goût Parker » en tout cas. Un des premiers prix du concours de la foire Saint Martin de Pontoise 2009 était élaboré à partir d’une treille de Triomphe d’Alsace.

Les interspécifiques : Rondo, Régent, Phoenix, Sirius, etc. Ce sont aussi des hybrides mais de création plus récente et de composition plus complexe, faisant parfois aussi intervenir des souches asiatiques en plus des plants américains et surtout dans lesquelles les gènes de variétés européennes sont majoritaires (jusqu’à 75% issus de vitis vinifera) ce qui permet l’élaboration de vins de très bonne qualité. Ces variétés sont souvent utilisées dans la vitiviniculture professionnelle en Allemagne par exemple. Elles proviennent pour la plupart de l’Europe du nord et de l’est où une réflexion sur une viticulture plus respectueuse de l’environnement était déjà en marche dès les années 1950. Contrairement aux HPD elles peuvent moins facilement être reproduites par bouturage mais sont tout aussi résistantes aux maladies et parasites et peuvent donc aussi se passer de traitements dans la plupart des cas.

Les « ornementales » : Perdin, Candin, Aladin, Amandin. Ce sont également des variétés interspécifiques mais élaborées en France par l’INRA qui leur a fait obtenir un classement plus favorable vis à vis de la réglementation sur les droits de plantation (vitis vinifera ampelia). Elles sont apparues dans les années 1980 « (…) devant le désir du grand public de pouvoir cultiver de la vigne à titre privé, l’INRA a obtenu par croisement des variétés de vignes relativement résistantes aux maladies de la vigne et a fait inscrire ces variétés au catalogue des espèces végétales comme variétés ornementales. En conséquence, la plantation et la culture de ces variétés se font librement (…) ». dixit le                                                       
Ces variétés, notamment le Perdin, permettent l’élaboration de vins de grande qualité. Aladin et Amandin sont plus tardifs et exigent une excellente exposition.

Conclusion

 Au vigneron amateur, donc, de choisir pour sa treille ou son micro-vignoble entre toutes ces variétés, sachant qu’un vin d’assemblage sera souvent plus subtil, plus complexe et intéressant au goût qu’un mono cépage. S’il n’a qu’une seule treille, il pourra coopérer avec un confrère. Il fera son choix en fonction de ses convictions environnementales, du temps et du budget qu’il acceptera de consacrer à son hobby et de ses préférences pour le vin blanc ou pour le vin rouge. Il pourra acheter son plant de vigne chez un pépiniériste viticole ou échanger des boutures ou des greffons avec d’autres vignerons amateurs. Notre vitiviniculture de plaisance étant avant tout une passion et ayant essentiellement une motivation pédagogique, culturelle, touristique et historique, nous ne commercialisons pas nos vins et sommes donc libres de la plupart des contraintes qui pèsent sur les professionnels. Profitons-en pour expérimenter dans les meilleures conditions pour notre santé et pour notre plaisir.

 

Jean Claude LE BIHAN, adhérent UVVOS, 60400 Noyon, jean-claude.le-bihan0407@orange.fr